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Lorsque
David BEN GOURION a proclamé la fondation de l'Etat juif le 14 mai 1948,
la finalité était de conférer au Peuple Juif la souveraineté dans le
Pays d'Israël.
La proclamation a d'ailleurs rappelé les étapes historiques ayant abouti
à la création de l'Etat d'Israël en l'occurrence : la naissance du
peuple Juif en Eretz Israël, les conditions de son exil deux fois
millénaires avec l'espoir ininterrompu de rétablir sa souveraineté
nationale sur ces terres, le retour massif d'israélites en terre
d'Israël depuis la fin du 19ème siècle, la reconstruction économique du
pays et bien évidemment la consécration internationale du droit pour le
peuple juif de fonder son foyer national avec la résolution du 29
novembre 1947 prévoyant la création d'un Etat juif indépendant dans le
Pays d'Israël.
De la même manière, David BEN GOURION n'a pas manqué de rappeler que la
maîtrise par le Peuple juif de son destin dans son propre Etat
souverain, était un droit naturel.
L'inconvénient de la proclamation de l'Etat d'Israël résulte de ce
qu'elle a prévu d'instituer une démocratie en Israël et d'assurer une
complète égalité de droits sociaux et politiques à tous les citoyens
sans distinction de croyance ou de race.
Or, une telle prévision, aussi noble soit-elle, apparaît aujourd'hui
grandement problématique pour l'Etat d'Israël en ce qu'elle contient les
moyens naturels de sa propre disparition.
En effet, il est impossible de concilier la souveraineté juive sur
l'Etat d'Israël et le principe démocratique d'égalité politique qui
confère aux non juifs la possibilité de voter démocratiquement
l'instauration d'un Etat d'une autre nature.
l'Etat d'Israël se doit donc d'aménager ses propres institutions pour
concilier démocratie et souveraineté nationale juive (I) afin d'éviter
que ses règles de fonctionnement démocratique actuelles ne conduisent à
la perte de ses valeurs démocratiques et finalement à l'Etat lui-même (II).
I. LA MISE EN PLACE D'UNE DEMOCRATIE SOUS SOUVERAINETE NATIONALE
JUIVE
La volonté des fondateurs de l'Etat d'Israël était de conférer la
souveraineté de l'Etat à la seule nation juive.
Dans ces conditions, l'attachement aux valeurs suprêmes de la démocratie
(A)
ne doit pas menacer le contrôle politique de l'Etat par la nation juive
(B)
A. LE RESPECT DES VALEURS SUPREMES DE LA DEMOCRATIE
Lors du Premier congrès sioniste convoqué à Bâle en 1897, Théodore Herzl
a envisagé la création d'un état juif et démocratique en terre d'Israël.
Cette volonté n'était pas destinée à laisser une majorité de non juifs
décider de l'avenir du peuple d'Israël.
Le but était simplement de respecter le pluralisme des courants de
pensée qui caractérisaient la communauté juive (hassidim, mitnaqdim,
ashkénazes, séfarades, kabbalistes, halakhiques, sadducéens, les
courants de Beit Chammaï ou de Beit Hillel ...) tout en préservant les
principes d'égalité et de liberté.
En effet, le choix démocratique prolongeait les préconisations des
Prophètes de la Bible ou les rabbins du Talmud quant au soin à apporter
aux plus démunis tout en respectant le principe d'égalité devant D-ieu.
C'est donc naturellement la voie démocratique qui a été choisie par les
fondateurs de l'Etat d'Israël comme mode d'organisation politique de
l'Etat avec les multiples prérogatives offertes aux citoyens.
La loi fondamentale du 12 février 1958 sur la Knesset a réservé aux
israéliens les droits civils et politiques, c'est-à-dire le droit d'être
éligible ou encore de participer aux élections des représentants à la
Knesset.
En outre, dès le début du fonctionnement de l'Etat, des dispositions
légales ont encadré le droit au travail (loi de 1951 sur les heures de
travail et de repos) le droit à la santé (loi sur les assurances
nationales de 1953 qui assurent un service sanitaire et le principe de
l'hospitalisation) l'égalité des droits des femmes (1951) le droit à
l'éducation (rendu obligatoire par la loi de 1949) la protection de
l'enfance (la loi sur le traitement et la protection de la jeunesse de
1960, loi sur le travail des jeunes 1953).
Dans les années qui ont suivi, de nouvelles loi et la jurisprudence de
la Haute Cour de Justice ont encore renforcé les principes de liberté et
d'égalité telle la décision qui a imposé au Tribunaux rabbiniques de
respecter le principe d'égalité dans la répartition des biens
matrimoniaux sans tenir compte de la loi juive concernant la séparation
de ces biens (HC 1000.92 Bavli / Tribunaux rabbiniques en appel 48 II PD
221)
De la même manière, l'enfant est protégé par différentes lois telles la
loi sur le jugement, les sanctions et le traitement des jeunes
délinquants de 1971, la loi sur la prévention des mauvais traitement
infligés à des mineurs et à des personnes sans défense de 1989 ou encore
la Convention sur les droits de l'enfant ratifiée par l'Etat d'Israël en
1991.
Plus généralement, l'ensemble de ces principes de libertés et d'égalité
a été consacré par les lois fondamentales du 17 mars 1992 sur la dignité
humaine et la liberté, et du 9 mars 1994 sur la liberté du travail mais
également par le contrôle de la hiérarchie des normes par la Cour
Suprême d'Israël qui, depuis, novembre 1995, veille à ce qu'aucun texte
ayant une valeur normative inférieure ne porte atteinte à ces droit
fondamentaux.
Dès lors, nul ne saurait contester à l'Etat d'Israël son attachement aux
valeurs démocratiques qui sont parmi les mieux protégées des pays
occidentaux.
Toutefois, les caractéristiques de la démocratie ne sauraient avoir pour
effet de remettre en cause la souveraineté juive de l'Etat.
B. LE CONTROLE DU POUVOIR POLITIQUE A LA KNESSET PAR LA NATION JUIVE
Lors de la naissance de l'Etat d'Israël, ses fondateurs étaient attachés
au respect des droits des minorités.
Aussi, la proclamation de l'Etat d'Israël a-t-elle invité les habitants
arabes du pays à préserver les voix de la paix dans le développement de
l'Etat sur la base d'une citoyenneté égale et complète et d'une juste
représentation dans tous les organismes et les institutions de l'Etat.
La majorité juive de l'Etat en 1948 n'a cependant pas anticipé que
certains habitants arabes du pays ne préserveraient pas les voix de la
paix dans le développement de l'Etat ni que les ennemis d'Israël se
reposeraient sur le caractère démocratique de l'Etat pour le renverser.
En effet, les droits politiques inhérents au système démocratique prévus
par la loi fondamentale sur la Knesset, offre à la majorité des citoyens
de décider du devenir de l'Etat.
Ceci risque de devenir problématique en 2050 car les projections en
terme de populations indiquent, pour cette période, que la population
non juive en Israël sera aussi importante que la population juive.
Dès lors, la loi Israélienne se doit impérativement d'anticiper une
adaptation du mode de la représentation de la nation juive la Knesset
sauf à risquer une disparition naturelle de l'Etat juif par le nombre de
citoyens non juifs.
En effet, une majorité non juive à la Knesset pourrait tout à fait
décider de l'instauration d'un Etat d'une autre nature en renonçant à
toutes les avancées en terme d'égalité ou de progrès social.
Aussi, convient-il d'aménager un mécanisme visant à figer le principe de
souveraineté nationale par l'instauration d'une « démocratie nationale
juive » où l'ensemble des citoyens serait titulaire des droits liés aux
valeurs suprêmes de liberté et d'égalité sans risque de remise en cause
du principe de souveraineté juive de l'Etat.
Pour ce faire, il convient de modifier la loi fondamentale sur la
Knesset en précisant que sur les 120 membres qui la compose, 80 %
représenteront la nation juive afin d'assurer la permanence du pouvoir
et la pérennité de la souveraineté juive sur l'Etat.
Cette prévision permettra au pouvoir politique de continuer d'organiser,
défendre et assurer le développement de la société en considération de
la nature juive de l'Etat.
En pareille hypothèse, l'Etat juif conservera la maîtrise sur l'armée,
la police, le choix des règles sociales, les rapports entre les
individus suivant le projet des sionistes de 1948 et plus généralement,
le respect des principes qui ont présidé à la naissance de l'Etat.
Enfin, le pouvoir politique israélien sera définitivement légitimé par
le sentiment national juif, les souvenirs communs de l'histoire du
judaïsme, la culture nationale juive et la volonté par les juifs de
vivre ensemble, à l'exception de toute autre considération.
Une telle situation ne serait en rien contraire aux voeux les plus chers
des sionistes fondateurs de l'Etat qui avaient choisi de donner au
président de l'Etat, le nom de « nassi » qui est le titre du chef du
Sanhédrin, organisme législatif et judiciaire suprême du peuple juif
dans les temps anciens.
De même, il avait été décidé de donner à la chambre des représentants le
nom de Knesset, tiré de la Knesset Haguedolah, conseil juif
représentatif réuni à Jérusalem par Ezra et Néhémie au 5ème siècle avant
l'ère chrétienne.
Honneur doit donc être fait aux fondateurs de l'Etat d'Israël car une
majorité non juive à la Knesset refuserait certainement de conserver ces
titres.
II. LES DANGERS D'UNE PERTE DE LA SOUVERAINETE JUIVE POUR LA
DEMOCRATIE ET POUR L ETAT D'ISRAEL
Une perte de la souveraineté juive sur l'Etat entraînerait
incontestablement celle de la démocratie dont les valeurs ne sont pas
admises par l'Islam (A) et finalement, toute raison d'être à l'Etat
d'Israël (B).
A. L'ABSENCE D'ADMISSION DE LA DEMOCRATIE PAR L'ISLAM
Les révélations récentes de députés non juifs de la Knesset ne laissent
planer aucun doute sur ce que deviendrait Israël en cas de perte de la
souveraineté juive.
En effet, l'un d'eux a encouragé les palestiniens à suivre la voie
militaire et un autre a qualifié les enlèvements de personnes juives
comme étant des actes légitimes et plein de dignité.
Dès lors, en cas de survenance d'une majorité non juive à la Knesset, il
est à craindre un abandon des droits de la personne et des principes de
liberté qui caractérisent actuellement la société israélienne.
Il faut donc cesser de se leurrer : un contrôle par une majorité
musulmane de la chambre des représentants est incompatible avec le
maintien des valeurs démocratiques.
En effet, la prééminence des droits individuels de la personne suppose
l'application d'une règle fondamentale à savoir, la séparation du civil
et du religieux, destinée à garantir le respect des modes de pensée et
le pluralisme ethnique et confessionnel.
Or, dans l'Islam, il n'existe pas de séparation entre le religieux et le
profane car « ce qui est dans les cieux et sur la terre appartient à
Dieu » (sourate 4, verset131, 132).
Aussi, les dimensions temporelles et spirituelles sont indissociables et
le monde musulman est-il divisé en deux parties : la terre de l'Islam
(régie par la Sharî'a, ou encore loi de Dieu), et la terre de
l'ignorance et de la contradiction, qui n'est pas musulmane.
Or, s'il n'est d'autre religion que celle qui impose la soumission à
Dieu (sourate 3, verset 19), les croyants admettent que Dieu a envoyé
Muhammad en tant que messager avec la Direction et la Religion de vérité
pour la faire triompher de toute autre religion (sourate 48, verset 28).
Ceci permet de distinguer les vrais croyants de ceux qui ne le sont pas
:
seuls sont de vrais croyants, ceux qui croient en Dieu et en son Envoyé
(sourate 49, verset 15).
Dès lors, pour les fondamentalistes palestiniens, la finalité est
l'avènement d'un monde dirigé selon les lois de la scharî'a et
l'instauration d'un Etat islamique en Palestine.
Bien sur, une telle situation serait grandement problématique pour la
démocratie israélienne :
- Tout d'abord, maintenir la démocratie reviendrait à accepter la
présence de juifs et d'un Etat hébreu en terre musulmane alors qu'il
s'agit d'atteintes portées à l'Islam.
- En outre, il est impossible d'imaginer un système égalitaire avec les
juifs car « Dieu les a maudit à cause de leur incrédulité » (sourate 4,
verset 46).
Dès lors, l'Etat d'Israël ne peut indéfiniment, occulter les fragilités
inhérentes au système démocratiques et la faculté pour la population de
renoncer démocratiquement aux règles de la démocratie.
B. LE RISQUE POUR ISRAEL DE PERDRE SA RAISON D'ETRE
De la même manière, Israël doit comprendre que les dispositions de la
loi fondamentales sur la Knesset qui accordent des droits politiques
concurrents à la population non juive, constituent un vrai moteur pour
la violence ininterrompue des voisins palestiniens.
En effet, les dispositions institutionnelles qui offrent au nombre, de
décider du devenir de l'Etat, confirment les palestiniens dans leur
conviction que l'Etat d'Israël n'est qu'un accident de l'histoire.
Les prérogatives accordées aux populations non juives de l'Etat
d'Israël, si aucune modification n'est envisagée, offrira aux
populations arabes demeurant en Israël de maîtriser leur propre destin.
En d'autres termes, le régime politique actuel permet aux palestiniens
d' entrevoir une dialectique historique par étapes dans laquelle la
population non juive d'Israël, égalant la population juive, sera en
mesure d'exiger des prérogatives réservées à leur propre majorité.
Or, si un jour les populations arabes d'Israël disposent de leurs
propres instances représentatives et de véritables groupes de pression,
Israël n'aura d'autre choix que de permettre l'instauration d'un Etat bi
national.
En pareille occurrence, la nation arabe vivant sur le territoire
disposera de prérogatives administratives propres et notamment le droit
d'instaurer son propre « droit au retour » de toutes ces populations
arabes que l'on nomme communément « réfugiés palestiniens ».
Le déséquilibre démographique s'accentuera immédiatement au profit de la
population arabe dont les dirigeants pourront se coaliser avec d'autres
pays arabes pour chasser définitivement les juifs de la terre à la plus
grande satisfaction des islamistes qui doivent « chasser d'où ils auront
été chassés » (sourate 2, verset 190-92).
Il résulte de tout ceci que l'Etat d'Israël doit cesser de laisser les
palestiniens imaginer qu'un jour, ils disposeront de droits concurrents
sur la terre d'Israël.
Dans ce cas, les palestiniens cesseront de rêver d'un renversement de
l'Etat d'Israël en se glissant dans les failles des institutions et
l'exemple donné pourrait inspirer les grandes démocraties occidentales
qui cherchent parfois les moyens de contrecarrer les dérives
totalitaires. |