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La guerre
engagée par l’armée israélienne contre les combattants du Hezbollah le
12 juillet 2006, a révélé le degré d’indépendance, d’organisation et le
niveau des forces armées du mouvement intégriste.
A l’origine, le Hezbollah était un mouvement de résistance nationale
qui s’est utilement transformé pour devenir un parti politique.
Le conflit a néanmoins révélé que le Hezbollah était doté d’une double
nature : acteur des institutions démocratiques d’une part et entité
autonome des institutions politiques libanaises d’autre part.
Au cours
des années 80, Le Hezbollah (mouvement fondamentaliste religieux) était
la principale organisation militaire de résistance à l’occupation
israélienne du Sud Liban à suite la suite de l’opération « paix en
Galilée » menée par Israël en juin 1982.
La
naissance de ce mouvement s’est expliquée par la conjonction de
différents phénomènes :
-
tout d’abord, la République islamiste instaurée en Iran en février 1979,
ambitionnait d’exporter la révolution islamique au-delà des frontières
-
en outre, les groupuscules intégristes chiites du Liban (le
Rassemblement des Oulémas de la Bekka, les Comités Islamiques et la
branche libanaise du parti Chiite irakien Al-Daawa dirigée par Fadlallah)
souhaitaient se fédérer au sein d’une structure organisée
-
enfin, les groupes chiites libanais envisageaient de confier le
Commandement au Guide Suprême (à l’époque l’Ayatollah Khomeiny) héritier
du prophète et des imams tout en faisant de Islam, le fondement
idéologique de la pensée et de la foi
Théoriquement, le départ des israéliens du sud Liban en mai 2000 aurait
du aboutir à la disparition du Hezbollah en tant que mouvement populaire
de résistance puisque sa mission, validée et bénie par une fatwa émise
par Khomeiny concernant la libération du Liban, était remplie.
Il n’en a rien été.
L’organisation intégriste a su profiter des failles su système
politiques libanais pour assoire son influence idéologique au cœur de la
population (I) avec toutefois, le plus grand mépris des principes
démocratiques dans son combat idéologique (II).
I
EXPLOITATION PAR LE HEZBOLLAH DES FAILLES DU SYSTEME POLITIQUE LIBANAIS
Le
Hezbollah ou parti de Dieu est un mouvement d’obédience chiite
fondamentaliste dont l’influence politique a été acquise grâce à une
parfaite maîtrise des fragilités du système démocratique libanais (A) et
de ses institutions multi confessionnelles (B).
A. LA PARFAITE MAITRISE PAR LE HEZBOLLAH DU MECANISME DEMOCRATIQUE AU
LIBAN
Dans les
années 80, le HEZBOLLAH envisageait l’établissement d’une république
Islamique au Liban mais a finalement préféré s’inscrire dans la logique
démocratique de l’Etat Libanais.
Aussi, en
1992, et bien qu’attaché à l’Islam comme fondement de l’action et de la
pensée, le Hezbollah a soutenu le principe d’un pouvoir
pluriconfessionnel garantissant une participation équitable des
communautés dans la gestion politique de l’Etat.
Le
Hezbollah pouvait dès lors se présenter aux élections législatives en
tant que parti politique avec pour but de démontrer que le modèle
pluriconfessionnel libanais était un exemple réussi de convivialité des
différentes communautés contrairement au « modèle sioniste » au service
d’une seule communauté.
Bien
évidemment, le Hezbollah connaissait les fragilités de la démocratie au
Liban au regard du financement de la vie politique et de l’admission des
influences étrangères.
Aussi, en
l’absence de réglementation sur le financement de la vie publique, et
grâce à l’intervention financière de la Syrie et de l’Iran (budget
estimé entre 20 et 120 millions de dollars annuel) le mouvement a pu
renforcer son influence politique par l’intermédiaire de ses médias, et
notamment sa chaîne de télévision (Al manar), ses deux organes de presse
(dont la radio Al Nour), ou encore de son réseau d’institutions
sanitaires et éducatives (hôpitaux, écoles, orphelinats…)
L’omniprésence du Hezbollah dans les différentes sphères de la société
et sur les médias a finalement servi de tremplin pour une
représentation à l’assemblée nationale puisque lors des élections
législatives de mai juin 2005, le Hezbollah a remporté 11 % des
suffrages outre les voies gagnées par le Bloc de la Résistance et du
développement dont il appartient, et qui a recueilli 27,4 % des
suffrages.
Par la
suite, et grâce à ses 14 députés (sur 128), le HEZBOLLAH a rejoint le
gouvernement le 19 juillet 2005 en obtenant le ministère de l’énergie
(Mohamed Fneich), sans compter officieusement 2 autres ministères,
puisque Faouzi Saloukh (affaires étrangères) et Trad Hamadé (travail)
sont considérés proches du Hezbollah.
Notons
également que le pouvoir pris par le Hezbollah au Liban s’est traduit
par le contrôle des institutions judiciaires dans son quartier général
du faubourg de Haret Hreik au sud de Beyrouth.
En
réalité, la prise du pouvoir supposait également une parfaite
compréhension des fragilités du système multiconfessionnel au Liban.
B. LES FRAGILITES DU SYSTEME MULTICONFESSIONNEL AU LIBAN
Depuis
toujours, la coexistence conflictuelle des diverses communautés
religieuses au Liban a conduit les autorités à intégrer dans le système
politique les particularismes religieux.
Déjà, lors
des conflits sanglants de 1840 entre chrétiens et druzes, les Ottomans
avaient divisé le Mont Liban en 2 circonscriptions : l’une au nord à
majorité chrétienne et l’autre au sud à majorité druze.
Le
gouverneur, (Motassaref) de confession chrétienne était entouré par un
conseil administratif de 12 membres représentant les différentes
communautés.
Par la
suite, la Déclaration de mandat adoptée le 24 juillet 1922, a imposé à
la France d’élaborer un statut organique pour le Liban en garantissant
les intérêts religieux des diverses populations.
Aussi, la
constitution libanaise promulguée le 23 mai 1926 confirmera, dans son
article 9, les garanties dont jouissent les communautés au regard du
respect des confessions, de leur libre exercice, et du respect des
intérêts religieux tout en consacrant dans son article 10, la liberté
de l’enseignement religieux dans les écoles des différentes confessions.
Pour leur
part, les arrêtés n° 60/LR du haut commissaire de France au Liban du 13
mars 1936 et 146 LR de 1938 ont fixé les communautés religieuses
historiques officielles comprenant les différentes communautés
chrétiennes, musulmanes et israélite, qui sont aujourd’hui au nombre de
18.
L’instauration du système démocratique n’a pas pour autant pacifié les
relations entre les communautés religieuses officiellement reconnues.
Aussi, la
multiplicité des conflits armés a conduit à l’élaboration d’un document
d’entente nationale le 22 octobre 1989 appelé « accord de Taef » et une
révision de la constitution le 21 septembre 1990 prévoyant la
suppression par étape du confessionnalisme politique (art 95).
Le système
politique libanais est néanmoins resté enfermé dans ces contraintes
issues du mode multiconfessionnel.
Tout
d’abord, la possession de la nationalité n’est pas dissociée de
l’appartenance à l’une des 18 communautés religieuses et l’accès à un
poste politique ou de la haute fonction publique suppose l’appartenance
à l’une des communautés reconnues.
Bien
évidemment, un tel principe va à l’encontre du principe démocratique de
l’égal accès au poste politique et au fonction publique consacré par
l’article 7 de la constitution et l’article 25 du pacte International
relatif au droits civils et politiques, mais le Hezbollah profite de
cette contradiction pour renforcer son influence en présentant à chaque
élection des candidats sunnites et chrétiens en plus des candidats
chiites.
De la même
manière, les institutions libanaises accordent des prérogatives aux
chefs spirituels des différentes communautés, même non dotés de la
nationalité libanaise ni établi au Liban.
C’est le
cas de l’article 19 de la constitution qui permet aux chefs spirituels
des communautés de saisir le Conseil Constitutionnel Libanais pour ce
qu’il en est du statut personnel, la liberté de conscience, l’exercice
du culte la liberté de l’enseignement religieux.
Le
Hezbollah respecte donc scrupuleusement les règles constitutionnelles
libanaises en se nourrissant des influences idéologiques iraniennes tout
en éprouvant le plus profond mépris des règles démocratiques
II. LE MEPRIS PAR LE HEZBOLLAH DE LA REGLE DEMOCRATIQUE
Le respect
pour la règle démocratique ne vaut, pour le Hezbollah, que s’il s’agit
d’accéder au pouvoir. En effet, le mouvement intégriste dénie toute
prérogative à la souveraineté nationale en refusant de se désarmer (A)
et n’a aucun égard pour la nature humaine compte tenu de son attachement
au rôle du martyr (B).
A.LE REFUS POUR LE HEZBOLLAH DE DESARMER CONFORMEMENT A LA RESOLUTION
1559
Le Liban
dispose de frontières internationalement reconnues, d’une souveraineté
et d’une indépendance politique, interdisant tout intervention
extérieure dans la gestion de ses prérogatives de puissance publique.
Néanmoins,
la présence sur son territoire de milices armées (chrétiennes, druzes,
chiites), privait le gouvernement libanais d’exercer sa souveraineté sur
l’intégralité du territoire nationale.
C’est dans
ces conditions que le 2 septembre 2004, le Conseil de Sécurité des
Nations Unies a adopté la résolution 1559 demandant à toutes les forces
étrangères de se retirer du Liban et appelant à la dissolution et au
désarmement de toutes les milices libanaises et non libanaises.
La
première exigence a été remplie par le retrait des forces syriennes du
Liban mais non la seconde, faute pour le Hezbollah d’accepter de
désarmer.
Ainsi, en
parfaite contradiction avec les règles de la démocratie en vertu
desquelles la nation est souveraine, le Hezbollah dispose d’une milice
privée et d’un armement propre en dehors des forces armées officielles
gouvernementales.
Pour
justifier son refus de désarmer, le mouvement intégriste fournit des
explications qui ne correspondent pas à la réalité géopolitique.
Selon le
Hezbollah, les israéliens ne se seraient pas intégralement retirées du
Liban conformément aux résolutions 425 et 426 du conseil de sécurité,
adopté en 1978.
En effet,
selon lui, l’absence de retrait total israélien résulte de leur présence
dans le secteur des fermes de Chebba.
Cet
argument est en réalité absurde.
Ce secteur
était syrien lorsqu’il a été occupé en 1967 par Israël et non libanais
(confirmations multiples du conseil de sécurité notamment le 18 juin
2000 S/PRST/2000/21) mais le Hezbollah continue de prétendre le
contraire pour justifier, en marge de son statut de parti politique, son
rôle de résistant à l’occupant israélien.
Au-delà de
cet argument politique, le maintien de la présence armée se justifie
pour des raisons idéologiques.
Sur les
ondes de la télévision Al Manar, le Cheikh Hassan Nasrallah tient
régulièrement un discours anti israéliens en prétendant que la
résolution 1559 est une demande israélienne (19 02 2005), qu’il convient
de poursuivre le Jihad, guerre contre l’entité sioniste (19 02 05), que
les juifs sont «les ennemis d’Allah » et « les meurtriers du
prophètes » (17 02 05), que « toute guerre fratricide dans un pays
arabe ou musulman sert aussi les intérêts du grand Satan (les
américains) qui veulent contrôler nos ressources naturelles, et que nous
soyons des millions d’esclaves sans honneur, sans respect, et sans
existence… » (19 05 2005).
Si le
refus de désarmer constitue une atteinte à la démocratie libanaise, de
tels arguments, justifient l’éloge du martyr pour Allah (Chahadah).
B. LE CULTE DU MARTYRE
Le mépris
de la démocratie et de la nature humaine se traduit également par
l’encouragement au martyr dont la notion revêt une importance
particulière dans l’inconscient chiite.
Aussi,
chaque jeune chiite doit recevoir, dès son plus jeune age, une éducation
basée sur l’idéal du martyr, incarné par l’Imam Hussein lors de la
bataille de Kerbala en 680.
Le
Hezbollah gère à cet effet, l’association El shahid qui assiste les
familles des hesbollahis mort au champ d’honneur ou prisonnier de
guerre.
Le numéro
2 du Hezbollah le Cheikh Naïm Kassem a expliqué dans son ouvrage « le
Hezbollah, orientation, expérience et avenir » la nécessité d’éduquer la
jeunesse dans l’esprit du martyr.
En effet,
la lutte contre l’ennemi s’estompe si la victoire et lointaine ou
incertaine alors est-il préférable de donner une éducation fondée sur le
martyre car le don de soi accroît au maximum l’efficacité de l’action.
(p 58-59).
Si
l’éducation basée sur la victoire ne garantit pas la victoire et inhibe
les forces potentielles de la nation, l’éducation basée sur le martyr
revient à tirer profit de toutes les potentialités en réalisant le
martyr ou la victoire ou les 2 en même temps.
Les jeunes
chiites sont donc éduqués dans l’esprit du martyr qui est un honneur et
un privilège suprême car se sacrifier par amour du Tout puissant promet
le bonheur éternel dans la vie de l’au-delà alors que la vie d’ici bas,
motivée par les contingences matérielles, est insignifiante.
Dans la
page 58 de son ouvrage, le Cheikh Naïm Kassem rappelle que « l’occident,
du fait des fondements de sa pensée, sacralise la vie matérielle et
n’est donc pas en mesure d’assimiler le sens du martyr ni le sens
spirituel de l’orientation de l’islam car la compréhension de ce sens
nécessite de côtoyer la vie des moudjahiddines et les réalités de la
société islamiques en général ».
Force est
de constater qu’une telle idéologie est en parfaite contradiction avec
les principes de la démocratie, du respect de la personne humaine, de sa
liberté de pensée, du droit à la vie, tant pour soi que pour autrui.
D’ailleurs, la notion même d’éducation au martyr pourrait être
qualifiée, dans les démocraties occidentales, d’incitation au meurtre, à
la haine raciale, ou, lorsque la mort n’est pas donnée, d’endoctrinement
ou de manipulation mentale.
C’est
sûrement cette différence dans la qualification de l’acte que l’on nomme
communément « guerre de civilisations ».
Ainsi, le
Hezbollah a toujours su manier admirablement le concept de démocratie
alors même que son idéologie centrée sur la destruction d’Israël au
moyen d’une incitation de la jeunesse à s’offrir en martyr y est
parfaitement étrangère.
Dès lors,
l’intervention israélienne au Liban était d’autant plus justifiée qu’à
défaut de faire disparaître le mouvement intégriste, la destruction
d’une grande partie de l’assise économique du Hezbollah rendra plus
difficile le financement de l’éducation à la haine dans l’esprit de la
jeunesse libanaise. |