04.10.2006
Numéro 75

L'ANALYSE POLITIQUE

Maître Bertrand RAMAS-MUHLBACH

 

CONDITIONS D'UN RAPPROCHEMENT ISRAELO PALESTINIEN

  

Le Premier Ministre Ehoud Olmert et Madame Tsipi Livni évoquent à nouveau la nécessité d'un rapprochement avec l'autorité Palestinienne ou avec le gouvernement d'union nationale palestinien en vue d'une relance du processus de paix conformément à la « feuille de route ».

Des déclarations identiques émanent du président de l'Autorité Palestinienne qui se déclare prêt à poursuivre les négociations.

De telles annonces, aussi encourageantes soient elles, laissent entendre que le différend entre les peuples serait exclusivement d'ordre diplomatique ou territorial.

Sûrement serait-il temps de reconnaître que le conflit intègre une dimension idéologique qui tient aux divergences de vue dans les conceptions du mode de vie de la société palestinienne et de la société israélienne.

Seule, la prise en compte de ce phénomène permettrait de comprendre que le rapprochement des peuples exige des palestiniens qu'ils renoncent au jihad contre un univers non musulman (I) et qu'ils acceptent la conception égalitaire de la société israélienne (II).

I LA RENONCIATION AU JIHAD CONTRE UN UNIVERS NON MUSULMAN

Le conflit israélo palestinien dans son aspect idéologique, se présente sous la forme d'une opposition entre des philosophies de vie, l'une envisagée par l'Islam et l'autre par l'univers démocratique israélien.

La paix durable entre les peuples n'est pas envisageable si les palestiniens ne renoncent pas à la guerre contre les infidèles (A) ni n'admettent le principe d'une coexistence pacifique avec les juifs (B).

A L ABANDON DE LA GUERRE CONTRE LES INFIDELES

Les groupuscules islamistes palestiniens (qualifiés de terroristes par les israéliens) mènent une forme de Jihad, en l'occurrence une guerre contre les infidèles pour faire triompher l'Islam.

C'est ce que leur enjoint la sourate 9 verset 29 du Coran qui précise : «combattez ceux qui ne croient point en Dieu ni au jour dernier, ceux qui ne s'interdisent pas ce que Dieu et son prophète ont défendu, ceux qui parmi les gens du Livre (notamment les juifs) ne professent pas la Vraie Religion.Combattez les jusqu'à ce qu'ils paient le tribu et qu'ils se soumettent ».

Pour mener ce Jihad, les combattants (Moudjahiddin) dispose d'un moyen efficace qu'est la terreur.

En effet, il est dit : « mettez sur pied tout ce dont vous disposez en force et en cavaliers pour terroriser les ennemis de Dieu et les vôtres ainsi que d'autres encore que vous ne connaissez pas mais que Dieu connaît. » (Sourate 8, verset 60-62).

Bien évidemment, un tel jihad n'est pas mené en vue d'un partage territorial ou de l'aménagement de relations pacifiques mais bien pour étendre les terres à islamiser c'est-à-dire les « soumettre » (Islam signifiant «soumission »), impliquant le paiement d'un tribut, la reconnaissance de Muhammad comme prophète et la conversion.

Or, cette conception du Jihad ne saurait permettre la mise en place d'une solution négociée entre israéliens et palestiniens et à défaut de renonciation expresse par les palestiniens à cette forme de Jihad, tout espoir de rapprochement paisible des peuples est voué à l'échec.

Il est, en revanche, un autre Jihad envisagé par l'Islam que les palestiniens seraient bien inspirés à mener et qui lui, est parfaitement compatible avec le rapprochement des peuples.

Au retour d'une expédition militaire, le Prophète a dit « nous revenons du jihad asghar (petit jihad ou guerre contre les infidèles), il nous faut maintenant entreprendre le jihad akbar (grand jihad).

Ce dernier Jihad consiste dans une guerre contre les mauvais instincts, impose le respect des valeurs morales de l'Islam et rejette le péché constitutif d'une faute grave et d'une offense à Dieu.

Parmi les péchés figure notamment le meurtre qui est proscrit dans l'Islam puisque « sauf à bon droit, ne tuez point l'homme dont Dieu a rendu la vie sacrée » (sourate 17, verset 33). D'ailleurs, selon II Hen 60.1 « qui tue fait tort à son âme, et il n'y a pas pour lui de guérison à jamais. »

Aussi, dès que le peuple palestinien aura renoncé expressément à la guerre contre les infidèles, il sera possible, tout comme le suggèrent les grands rabbins Shlomo Amar et Yona Metzger, de réconcilier les religions et d'introduire dans les manuels scolaires des cours sur la paix entre les
religions.

Les palestiniens pourront alors imaginer de coexister pacifiquement avec les juifs.


B LA NECESSITE D'ADMETTRE LE PRINCIPE D'UNE COEXISTENCE PACIFIQUE AVEC LES
JUIFS



Il n'est pas prévu dans le message institutionnel palestinien la possibilité de partager un avenir serein avec une population juive ni même d'accepter leur présence sur la terre qu'ils nomment Palestine.

Le symbole historique des palestiniens demeure Yasser Arafat ancien chef de l'OLP, organisation qui, comme son nom l'indique, vise à libérer la Palestine de toute présence juive.

Pour leur part, les jeunes générations de palestiniens sont nourries de textes hostiles à toute présence juive dans cette partie du monde.

On peut citer l'article 15 de la Charte de l'OLP qui rappelle que « la libération de la Palestine est un devoir national (qawni) et vise à l'élimination du sionisme de Palestine », l'article 8 de la charte de l'OLP qui précise que « le combat est focalisé sur les forces du sionisme et de l'impérialisme », l'article 9 de la Charte qui prévoit que « la lutte armée est la seule façon de libérer la Palestine », ou enfin l'article 10 qui énonce que « l'action de commando constitue le coeur de la guerre populaire de libération de la Palestine

En marge de la charte de l'OLP, les jeunes palestiniens consultent la Charte du Hamas qui se fixe comme objectif (dans l'introduction) de renverser l'Etat Juif d'Israël par une République islamique théocratique sur l'ensemble de la Palestine en fournissant « le bras à tous ceux qui mènent le Jihad pour la libération de la Palestine ».

Pour ce qu'il en est des articles suivants on peut noter l'article 6 qui stipule « que le Mouvement de la Résistance Islamiste ouvre à planter l'étendard de Dieu sur toute parcelle de la Palestine », l'article 7 qui rappelle que le Mouvement de Résistance Islamique n'est qu'un « des épisodes du Jihad mené contre l'invasion sioniste » et l'article 15, plus explicite sur les devoirs du palestinien puisqu'il s'agit d'un serment : "Par celui qui possède l'âme de Muhammad dans ses mains, je m'engage à combattre sur le chemin de Dieu; je tuerai et combattrai, je tuerai et combattrai, je tuerai" (article 15 de la charte du HAMAS)

Dans ces circonstances, il faut reconnaître, à décharge des palestiniens, qu'il leur est difficile de considérer favorablement les juifs voleurs de terre, et que, nourris de ces textes inlassablement répétés, ils n'ont d'autres choix que consacrer leur temps, non au développement économique des terres qu'ils occupent, mais plutôt aux jets de pierre, à l'envoi de roquettes quassam, à la commission d'attentats, au creusement de tunnels à Gaza en vue d'acquérir des armes ou se faufiler sur le territoire israélien pour enlever des israéliens ou les tuer...

La paix ne peut être signée avec Mahmud Abbas : elle doit l'être avec l'ensemble du peuple palestinien à condition qu'il abroge expressément les textes légaux qui appellent à la disparition de l'Etat juif.

Restera pour la société palestinienne d'intégrer la conception égalitaire de la société israélienne.

II L'ADMISSION DE LA CONCEPTION EGALITAIRE DE LA SOCIETE ISRAELIENNE

Les textes institutionnels de l'Etat d'Israël aménagent pour les ressortissants, une totale égalité de droits sans distinction de race et de sexe. L'Etat juif leur permet de jouir d'une liberté de culte, de
conscience, de langue, d'éducation et de culture et assure la protection des lieux saints de toutes les religions.

De la même manière, les dirigeants palestiniens pourraient aménager dans les textes d'organisation de la société palestinienne, des règles laïques de fonctionnement des institutions (A), ouvrant la voie à l'esprit de tolérance auquel invite l'évènement de la Tour Babel (B).

A L AMENAGEMENT DE REGLES LAIQUES DE FONCTIONNEMENT DE LA SOCIETE PALESTINIENNE

Pour que des communautés d'origines diverses puissent s'entendre, il est nécessaire de partager les mêmes valeurs, de faire preuve de tolérance et d'accepter l'autre dans ses différences.

Un fonctionnement laïc de société offre de nombreux avantages car dans un tel système, le pouvoir religieux ne dispose d'aucune prérogative politique, administrative ni ne contrôle les modes d'enseignement scolaire.

Pour les palestiniens il pourrait en être ainsi pour que l'égalité des droits des membres soit garantie en dépit de leur différence.

Actuellement, un tel corps de règles laïques peut s'avérer délicat à mettre en place.

En effet, dans l'Islam, il n'existe pas de séparation entre le profane et le religieux car c'est à Dieu « qu'appartient la royauté des cieux et de la terre » (sourate 9 verset 116).

En outre, dans l'Islam il n'existe pas d'égalité entre les individus puisque Dieu a accordé « plus de dons aux uns qu'aux autres » (sourate 16 verset 33).

Ainsi, les prérogatives juridiques ne sont pas identiques puisqu'un non musulman ne peut témoigner contre un musulman (sourate 2, verset 143), les hommes sont supérieurs aux femmes (sourate 2, verset 228), les femmes peuvent être répudiées (sourate 2, verset 229-230) ou battues (sourate 4, verset 34). Elles sont en tout état de cause des êtres incapables (juridiquement) comme le sont les mineurs (sourate 4, verset 97-99).

Pour ce qu'il en est de la liberté de culte, il n'est pas possible pour une musulmane d'épouser un non musulman (sourate 2, verset 221), ni pour un musulman de se convertir car l'apostasie est un des péchés les plus grave :
les apostats sont considérés comme ayant renié la Vérité après l'avoir connue (sourate3, verset 86).

De la même manière, il n'existe pas de notion de citoyenneté en Islam: la seule communauté reconnue est la « 'umma », nation de juste milieu, composée des membres de la communauté musulmane qui ne peut dévier de la Vérité. (sourate 2, verset 143).

La paix avec les palestiniens exige donc d'eux qu'ils se dotent d'institutions démocratiques afin que les droits de la personne soient respectés selon un principe d'égalité.

A la communauté des croyants serait substitué le principe de citoyenneté, et la diversité humaine serait admise sans être soumise à la volonté d'Allah.

Par la mise en place d'un tel système, les palestiniens pourraient gérer par eux les activités humaines en faisant échapper les règles de la vie sociale à l'emprise de la religion et de la loi divine toute en respectant la population dans sa diversité.


B LE RESPECT DE LA DIVERSITE HUMAINE ET L EVENEMENT DE LA TOUR DE BABEL

La diversité humaine date, selon la Thora, de l'épisode de la Tour de Babel (Gen XI,1-9).

A cette époque, les descendants de Noé représentaient l'humanité entière et n'avaient qu'une seule langue pour communiquer.

Ils se sont unis pour construire une tour pour atteindre le ciel, symbole de leur ambition démesurée, se faire un nom et ne pas être dispersés sur la face de la terre.

Le Seigneur a contrecarré le projet en confondant les langues pour les empêcher de communiquer et de terminer leur construction :
L'Eternel descendit pour voir la ville et la tour que construisaient les hommes et dit :  « Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c'est là ce qu'ils ont entrepris ; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu'ils auraient projeté. Allons ! Descendons, et là confondons leur langage, afin qu'ils n'entendent plus la langue, les uns des autres. Et l'Éternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre ; et ils cessèrent de bâtir la ville. » (Genèse, XI, 1-9).

Depuis cet évènement, les groupes humains sont multiples, tout comme leurs langues et leur mode de vie.

Toutefois, en dépit de leur différence, la tentation est grande pour un groupe de prendre l'ascendant sur un autre en imposant sa foi, son mode de pensée et sa culture.

Pour éviter les rapports de forces entre les groupes humains et pour respecter cette diversité voulue par le Ciel, il convient d'être animé d'un esprit de tolérance.

L'union entre les hommes pourra alors être obtenue, non pas en procédant par la force ni en imposant un mode de pensée, mais en élevant son âme et en cultivant les valeurs du cour.

Reste donc à la société palestinienne à intégrer dans son système le respect de la diversité humaine et le principe très simple selon lequel un juif ne vaut pas moins qu'un musulman, il sera alors possible pour les peuples israéliens et palestinien d'établir des relations diplomatiques, de fixer des frontières entre les Etats, et le premier ministre israélien n'aura pas à envisager l'expulsion de populations juives de Judée Samarie comme ce fut le cas pour les populations juives du Goush Katif au cours de l'été 2005.

Les populations juives situées dans des zones concernées par le désengagement auront alors le choix de partir ou de se maintenir en devenant israéliens en Palestine ou, s'ils l'envisagent, en prenant la nationalité palestinienne.

Il y aura alors des juifs en Palestine représentés à l'assemblée nationale Palestinienne tout comme il est des arabes représentés à la Knesset et chacun des Etats pourra respecter la souveraineté de l'autre dans ses spécificités propres.

   

 

 

 

    Consultez les précédentes analyses

 

Le 26/09/06 :

LA THEORIE ABSURDE D'AHMADINEJAD SUR LA PRESENCE JUIVE EN ISRAEL

 

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AZMI BISHARA QUALIFIE ISRAEL D'ETAT TERRORISTE

 

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LE HEZBOLLAH OU COMMENT SOUMETTRE LA DEMOCRATIE AU POUVOIR RELIGIEUX



  Le 14/07/06 :

COMMENT CONCILIER
 SOUVERAINETE JUIVE ET DEMOCRATIE


  Le 27/06/06 :

L'ANTISEMITISME - LES INSTITUTIONS - LES PEUPLES

 

   Le 21/06/06 :

ELIMINATION CIBLEE DE TERRORISTES
ET DROITS DE L'HOMME
   

 

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LA HAINE DU JUIF

 

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