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En décembre 2006, le Centre Mossawa de Haïfa a publié un
document intitulé « The Future Vision of palestinian arabs in Israël »
(Vision de l’avenir des arabes palestiniens en Israël) qui présente la
position de la population musulmane israélienne à l’égard de l’identité
israélienne et de l’Etat d’Israël en tant qu’Etat juif.
Ce document, édifiant, préconise l’instauration d’un Etat binational,
détermine les secteurs juifs et arabes avec des prérogatives
d’administration propres pour chaque population, préconise la mise en
place d’un drapeau et d’un hymne national palestinien, prévoit
l’abrogation de la loi du retour de 1950 (accordant la nationalité
israélienne aux juifs qui la sollicite), envisage des organes de
représentations séparées sur un plan international et plus généralement,
confirme le rejet par la population arabe israélienne de la nature juive
de l’Etat d’Israël.
Ce projet, constitutif d’une revendication sécessionniste de la
population arabe (minoritaire), s’inscrit dans le cadre d’une sédition
tout à fait spécifique dans la mesure où, en l’absence d’implantation
spécifique de la population arabe, il est recherché une marginalisation
de la nation juive et sous entendu, l’établissement d’un Etat
Palestinien sur l’assiette du territoire d’Israël.
Bien évidemment, les journaux Maariv ou Haaretz ont retransmis les
réactions négatives de la population juive à ce projet mais en tout état
de cause, l’Etat juif n’est pas tenu de renoncer à sa souveraineté
partielle ou définitive sur son territoire.
Compte tenu du caractère antinomique des projets de société, palestinien
et israélien la mise en place d’un Etat binational est impossible (I).
En revanche, il convient d’encourager l’établissement d’un foyer
national palestinien pour accueillir les musulmans israéliens qui ne se
reconnaissent pas dans le projet de la société israélienne (II).
I. L’IMPOSSIBLE ETAT BINATIONAL EN ISRAEL
Depuis de nombreuses années, les palestiniens caressent l’idée de voir
mis en place un Etat binational pour en finir avec l’Etat hébreu que les
armées arabes n’ont pas réussi à défaire en 1948. Aujourd’hui ce sont
les arabes israéliens qui en font la demande.
Bien évidemment, un tel projet n’est pas envisageable puisque le concept
même d’Etat binational s’oppose à celui de nation (A). En outre, les
sociétés palestinienne et israélienne ne peuvent coexister sur un même
territoire dans la mesure où elles ne partagent pas le même système de
valeurs (B).
A. LE CONCEPT D’ETAT BINATIONAL S’OPPOSE A CELUI DE NATION
La nation est un groupe humain qui se caractérise par la conscience de
son unité historique, sociale, culturelle et qui manifeste sa volonté de
vivre ensemble sur un territoire défini. Ainsi, la notion même de nation
s’oppose à la présence de deux nations différentes qui exerceraient leur
souveraineté sur un même territoire.
Pour ce qu’il en est d’Israël, le peuple juif a entendu constituer son
Etat pour que son existence ne soit plus à la merci des nations qui
appellent à sa disparition et c’est dans ces esprit que la résolution
181 de l’Assemblée Générale de l’Onu de 1947 a organisé la partition de
la Palestine en deux Etats, l’un juif et l’autre arabe. L’Etat juif qui
allait porter le nom d’Israël le 14 mai 1948, n’avait d’autre raison
d’être que de devenir la terre d’accueil des juifs.
Conformément à cette vocation spécifique, l’Etat d’Israël s’est doté
d’institutions spécifiques comme par exemple la loi du 5 juillet 1950
dite « loi du retour » qui permet aux juifs de s’établir en terre
d’Israël et d’acquérir la nationalité israélienne.
Dans ces conditions, on voit mal comment instaurer un Etat binational en
Israël sauf à remettre en cause ce qui constitue l’essence même de
l’Etat hébreu.
En outre, la nation juive ne peut imaginer de coexister aux côtés
d’individus dont la majeure partie ne rêve que de l’éradiquer : la
charte de l’Olp vise à libérer la Palestine de toute présence juive sur
le territoire du Mandat Britannique et la Charte du Hamas s’est fixé
comme objectif de renverser l’Etat juif d’Israël par une République
islamique théocratique sur l’ensemble de la Palestine en donnant « le
bras à tous ceux qui mènent le Jihad pour la libération de la Palestine
». Plus précisément, dans son article 6, la charte du Hamas rappelle que
le Mouvement de résistance islamique « œuvre à planter l’étendard de
Dieu sur toute parcelle de la Palestine ».
Dans ces conditions, il semble nécessaire de s’en tenir à la volonté des
fondateurs de l’Etat : dans la déclaration d’indépendance, David Ben
Gourion avait offert aux populations arabes de choisir la voie de la
paix et leur a accordé le bénéfice de la nationalité israélienne pour
leur permettre de participer activement au développement de l’Etat.
Si une partie de la population arabe ne se reconnaît pas dans le projet
philosophique, ne partagent pas les mêmes points de vue ou se font une
conception de l’Etat autre que les fondateurs de l’Etat d’Israël, cela
est regrettable mais Israël ne saurait renoncer ou modifier ses
fondements en fonction de ceux qui veulent sa disparition.
Une seconde difficulté résulte de ce que les sociétés palestinienne et
israélienne, ne partagent pas les mêmes valeurs.
B. L’ABSENCE DE VALEURS COMMUNES DES SOCIETES PALESTINIENNE ET
ISRAELIENNE
La société palestinienne, n’a pas réussi à régler l’interdiction des
crimes tels le meurtre, l’enlèvement, l’assassinat, ou les délit comme
la corruption, le détournement des fonds de la collectivité
internationale ou encore les techniques d’endoctrinement de l’individu.
De même certains dirigeants palestiniens éduquent leur population dans
la haine des juifs, incitent au jet de pierre, enseigne la pose des
ceintures explosives, cautionnent les enlèvements et plus généralement
encourage un ensemble d’actes non admis en Israël.
Ces valeurs ne sont pas admises par la société israélienne ce qui
interdit une nouvelle fois la mise en place d’un Etat binational.
En Israël, il existe des normes juridiques particulières dont les
manquements sont sanctionnés par les tribunaux. Or, l’efficacité de la
règle de droit suppose de la règle qu’elle soit unique générale et
applicable à tout citoyen sur l’ensemble du territoire pour emporter
respect et adhésion par le groupe.
Si la règle juridique devait varier en fonction de l’appartenance à
telle ou telle nation, les Tribunaux ne pourraient harmoniser et
appliquer la règle à l’ensemble de la population ce qui rendrait le
système social tout à fait anarchique.
A titre d’exemple, en Israël le meurtre d’une personne est interdit.
Ce ne semble pas être le cas au sein de la société palestinienne. En
effet, bien que le meurtre soit proscrit en Islam: « sauf à bon droit,
ne tuez point l'homme dont Dieu a rendu la vie sacrée » (sourate 17,
verset 33) Ou « qui tue fait tort à son âme, et il n'y a pas pour lui de
guérison à jamais. » (II Hen 60.1), les membres de la société
palestinienne invoque un Haddith qui autorise le meurtre dans 3 cas et
notamment la vengeance dans le cadre de la loi du talion. C’est ce qui
ressort de la sourate : « Nous avons donné au proche parent de venger
celui qui serait injustement tué » (sourate 17, verset 33).
Sur ce fondement, les palestiniens s’imaginent avoir le droit de tuer
les juifs contre lesquels il existe toujours une bonne raison de se
venger.
En cas d’Etat Binational, les Tribunaux auraient quelque difficulté pour
trancher les cas de meurtre : un juif qui tue devrait être arrêté, jugé
et condamné alors qu’un palestinien qui tuerait un juif ne serait pas
inquiété par la justice compte tenu de l’autorisation religieuse donnée.
Plus grave, au sein de la nation palestinienne, le palestinien qui tue
un juif est considéré comme un héros tout comme celui qui devient
martyre en se posant une ceinture explosive sur le corps.
Il faut donc se rendre à l’évidence : l’incompatibilité des systèmes
palestinien et israélien exige d’Israël qu’il favorise la mise en place
d’un foyer national palestinien pour accueillir les palestiniens et les
arabes israéliens qui ne se reconnaissent pas dans le projet de société
israélien.
II. LA NECESSITE DE FAVORISER LA CREATION D’UN FOYER NATIONAL
PALESTINIEN
Les palestiniens et les musulmans israéliens qui ne supportent pas de
vivre sous souveraineté juive doivent avoir la possibilité de disposer
de leur Etat. Les territoires non annexés et sans souveraineté
israélienne devraient pouvoir accueillir le futur Etat palestinien (A).
L’occasion pourrait être donné, parallèlement, à l’Etat d’Israël, de
s’aménager des institutions pour devenir l’Etat de tous les juifs (B).
A. LES TERRITOIRES SANS SOUVERAINETE COMME ASSIETTE DU FUTUR ETAT
PALESTINIEN
Les palestiniens ont, depuis le début du XX° siècle, manifesté leur
identité spécifique même si au départ, il était mis en avant l’identité
arabe en réaction au nationalisme ottoman et au colonialisme européen.
Il n’en demeure pas moins que le premier journal palestinien « le
Falastin » fondé en 1911 par Isa al Issa, s’adressait bien aux lecteurs
appelés palestiniens.
Par la suite, si les premiers projets d’instauration d’un Etat
palestinien ont été rejetés par les arabes de Palestine qui entendaient
majoritairement se fondre dans une vaste entité arabe, le sentiment
national palestinien était bien présent. Il s’est par la suite, exacerbé
lors de l’occupation par Israël de la bande de Gaza et de Cisjordanie,
qui bien que respectivement sous souveraineté égyptienne et jordanienne,
étaient majoritairement peuplées de palestiniens.
Au cours des années 70, certains leaders arabes palestiniens ont
continué de défendre l’idée d’un pan arabisme comme Zuhayr Mushin,
dirigeant d’une faction palestinienne pro syrienne qui affirmait en 1977
qu'il n'y avait « aucune différence entre les Arabes de Syrie, de
Palestine ou du Liban » et que ça n'était que pour des « raisons
politiques que nous insistons sur l'identité palestinienne ». Toutefois,
le sentiment nationaliste palestinien a continué à se développer.
Ainsi, même si d’aucun continue de prétendre que la futur Palestine
devrait s’implanter en Jordanie puisque la population de ce pays est
majoritairement composée de personnes d’origine palestinienne, il faut
laisser le Peuple palestinien fonder son foyer national et exercer sa
souveraineté.
Sûrement, les terres de Gaza ou de Cisjordanie sur lesquelles Israël
n’exerce pas sa souveraineté pourrait servir d’assiette territoriale à
la fondation de l’Etat palestinien à moins qu’il ne soit envisagé
d’unifier le territoire palestinien dans le cadre d’un échange de terre
pour éviter les problème de communications de Gaza à la Cisjordanie qui
devrait se faire par l’Egypte et la Jordanie au sud, ou par le Liban, la
Syrie et la Jordanie au nord.
Si les palestiniens de la bande de Gaza pouvait rejoindre définitivement
ceux de Cisjordanie cela supprimerait tout phénomène d’enclave d’une
part, et les juifs expulsés du Gouch Katif pourraient exercer « leur
droit au retour » sur les terres qu’ils ont été contraints d’abandonner
d’autre part.
Il pourrait enfin être imaginé de faire d’Israël, l’Etat de tous les
juifs.
B. ISRAEL ETAT DES JUIFS DU MONDE
La fondation du foyer national palestinien pourrait être l’occasion,
d’aménager des institutions en Israël pour faire de l’Etat la terre des
juifs du monde.
Sur les 16 millions de ressortissants libanais, seuls 3 millions et demi
vivent au Liban.
De même, la population palestinienne (forte de 10 millions de personnes)
comprend une diaspora qui n’entend pas renier ses origines en dépit
d’une résidence sur des Etats différents de la planète.
A l’heure de la mondialisation, la nationalité, véritable critère
d’appartenance à la nation n’est pas conditionnée par l’implantation
géographique.
Aussi, Israël devrait pouvoir devenir, au-delà de son statut de terre
d’accueil des juifs, le territoire national des 13 millions et demi de
juifs vivant dans le monde.
Pour ce faire, il suffit de permettre aux juifs du monde d’opter pour la
double nationalité israélienne alors même qu’ils n’entendent pas quitter
leur Etat de résidence, et cette nationalité serait, tout comme la
religion, transmise automatiquement par la mère.
Les juifs de diaspora optant pour la nationalité israélienne pourraient
disposer d’une assemblée spécifique en Israël qui n’influerait pas sur
la politique de l’Etat mais qui recueillerait les avis ou autre
préoccupations de la communauté juive mondiale.
L’enseignement de l’hébreu pourrait être systématisé et les agences
juives dans le monde constitueraient une bonne interface entre Israël et
la population israélienne de diaspora pour enregistrer les demandes
d’obtention de la nationalité israélienne.
Si tel pouvait être le cas, les juifs de diaspora pourraient s’associer
au devenir de l’Etat en contribuant le plus largement possible aux
problèmes économiques de la population vivant en Israël sous le seuil de
pauvreté, soit financièrement, soit dans le cadre de temps passé
bénévolement en Israël.
Enfin, l’Etat hébreu pourrait se doter de mécanisme de contrôle de la
nationalité : en janvier 2007, les Tribunaux administratifs se sont vus
conférer la possibilité de retirer la nationalité israélienne aux
citoyens israéliens qui se rendent en territoire ennemi.
Le régime pourrait être généralisé et le retrait de la nationalité
israélienne serait systématisé en cas de défaut d’allégeance à l’Etat
hébreu, d’un manque de loyalisme, de perception d’une rémunération de la
part d’un Etat en guerre avec Israël, ou encore en cas d’un comportement
portant atteinte aux intérêts essentiels de l’Etat juif. En telle
occurrence, la population arabe israélienne n’aurait plus à demander la
mise en place d’un Etat binational en Israël comme préalable à sa
disparition. |