19.03.2007
Numéro
188

L'ANALYSE POLITIQUE

Maître Bertrand RAMAS-MUHLBACH

 

COMMENT SE DEPASSER SOI MEME SUR LA ROUTE

  

Chaque semaine, le nombre d’accidents de la circulation à l’origine de blessures graves ou de décès est tout à fait impressionnant au point de faire du phénomène, une préoccupation majeure en Israël.

Pour tenter de remédier à ce fléau, les pouvoirs publics mènent une politique de limitation de la vitesse et une systématisation des contrôles électroniques, sans pour autant obtenir de résultats significatifs.

En réalité, il se pourrait bien que les dégâts causés par les accidents de la circulation, soient la conséquence d’un oubli (par les conducteurs de véhicules automobiles) de la valeur suprême qu’est la vie, (I). Aussi, et bien qu’il ne s’agisse pas d’un mode contemporain de résolution des problèmes, peut-être conviendrait-il de prendre en compte les influences transcendantales dans l’organisation de l’univers pour que chacun ait conscience de cette chance que constitue la possibilité de conduire un véhicule automobile (II).


I. LA VALEUR SUPREME DE LA VIE, EGALEMENT AU VOLANT D UNE VOITURE


La sainteté de la vie est une valeur suprême du judaïsme que le conducteur de véhicule automobile ne devrait jamais oublier (A), d’autant qu’elle met à sa charge un ensemble d’obligations, non envisagées par le code de la route (B).


A. LE RESPECT DE LA SAINTETE DE LA VIE


A priori, il n’est rien de plus naturel que de s’assoire au volant d’une voiture et de tourner la clé de contact pour la démarrer.

Toutefois, l’automaticité de cet acte peut faire oublier que le véhicule automobile est une arme potentiellement mortelle pour soi ou pour autrui en raison des dangers de la route ou de son propre comportement.

Le fait de conduire un véhicule automobile peut effectivement procurer une sensation de pouvoir et de liberté au point de faire oublier que l’instrument est destiné à faciliter les déplacements et non à défier la route pour en devenir maître.

Aussi, et bien qu’il n’existe aucune prévision Biblique concernant le véhicule automobile, il ne faut pas oublier que D.ieu a donnée à la vie un caractère saint. En effet, à l’origine, « D.ieu a insufflé dans les narines de l’homme l’haleine de la vie » (Gn 2,7).

Dès lors, le conducteur, au volant de son véhicule, doit se rappeler que son corps n’est qu’un maillon intermédiaire situé entre la terre, (dimension corporelle de la vie) et le divin (dimension spirituelle de la vie) et dans cet esprit, se souvenir que sa propre vie n’est pas identique autres formes de vie et qu’il reste tenu d’imiter D.ieu, puisque créé à son image ( Gn 1, 26-27). De même, il doit chercher à être saint « car je suis saint moi, l’Eternel votre D.ieu » (Lv 19,2), et marcher dans toutes ses voies (Dt 11,22).

Le conducteur d’un véhicule automobile pourra alors se comporter au volant de sa voiture, dans le respect des règles de la morale et du respect de l’autre et se souvenir qu’il est interdit de tuer puisque supprimer une vie équivaut à supprimer l’humanité. Par ailleurs, il devra tout mettre en œuvre, physiquement ou spirituellement, pour ne pas perdre la sienne dans la mesure où, selon les lois de piqqouah nefech, l’homme n’est pas maître de sa vie mais n’en est que le gardien : « vous vivrez par mes commandements et ne mourrez pas par eux » (Lv 18,5).


B. LES OBLIGATIONS INHERENTES A LA CONDUITE AUTOMOBILE

Le respect des règles du code de la route ne procède pas uniquement de la relation existant entre le conducteur du véhicule automobile et les pouvoirs publics.

Les règles du code de la route ne sont que le cadre d’une relation beaucoup plus fondamentale entre soi même, autrui et l’univers.

Ainsi, en dépit de la puissance de l’engin, le conducteur doit faire preuve de modération (Gn 39,12).

De la même manière, s’il rencontre un autre automobiliste dont le comportement lui déplait, c’est la bienveillance qui doit l’animer (Gn 24, 18-20).

Enfin, s’il est défié au volant par un autre conducteur, il est nécessaire de conserver un comportement humble (Nb 12,3) sans chercher à rentrer dans un rapport de force afin de rester un être moral qui assume la responsabilité de ses actes (Gn 4,6-7 ; 9,5-6).

Théoriquement, les sept lois noachides (Sanh 56a - b) sont les principes clés de la moralité humaine mais ces lois ne suffisent pas pour dicter le comportement dans des situations complexes.

Il est donc possible de s’inspirer de la Torah, véritable code moral, pour se rappeler que le conducteur est doté du libre arbitre dont il doit user dans sa relation avec autrui.

Ainsi, le conducteur est tenu de se souvenir que D.ieu exige de lui qu’il soit un être moral et qu’il adopte une conduite éthique, d’autant que les principes divins sont universels.

Il pourra en conséquence, y compris au volant de sa voiture, se rappeler la nécessité d’aimer son prochain comme lui même (Lv 19,18), d’aimer l’étranger comme lui même ( Lv 19,33-34) et plus généralement d’aimer toutes les créatures divines (Avot 1,2) puisque le choix de la voie morale lui permet d’actualiser son potentiel humain, de compléter l’œuvre de la création le menant à la voie divine de la bonté et d’accomplir les potentialités accordées par D.ieu



II. LA PRISE EN COMPTE DES INFLUENCES TRANCENDENTALES DANS L’ORGANISATION DE L’UNIVERS


La population religieuse d’Israël pourrait tout à fait insérer dans le corps des bénédictions, une bénédiction spécifique à réciter avant de prendre la route (A) qui profiterait immanquablement à l’ensemble de la population israélienne (B).


A. LA BENEDICTION RESULTANT DE LA POSSIBILITE DE CONDUIRE UN VEHICULE AUTOMOBILE

Dans la religion juive, les bénédictions prononcées sont introduites par la formule : Béni sois tu, Seigneur notre D, Roi de l’Univers.

Or, selon Maimonide, il existe trois catégories de bénédictions.

Il y a tout d’abord les bénédictions rattachées au plaisir des choses dont le fondement est Biblique telles les bénédictions récitées avant ou après avoir mangé ou bu (Dt 8,10), avant de respirer des épices ou des parfums... (le Talmud considère que ne pas remercier D.ieu pour sa générosité reviendrait à le voler).

Il y a ensuite les bénédictions que l’on doit prononcer au moment d’effectuer une mitzvah et à l’occasion desquelles il convient d’ajouter : « et qui nous a ordonné de… »

Enfin, la troisième catégorie concerne les bénédictions de gratitudes ou d’actions de grâce.

En récitant ces bénédictions, le juif accomplit une forme de discipline religieuse qui exprime sa dépendance, son adoration et son obligation envers D dont il reçoit en retour la bénédictions divine prenant la forme un bien être physique et spirituel.

Rien n’interdit donc d’insérer dans le corps des bénédictions, un remerciement résultant de la possibilité de rouler en voiture alors que tout le monde n’y a pas accès ; une telle bénédiction ferait partie de la première catégorie. De la même manière la bénédiction pourrait rappeler l’ordre divin de veiller à autrui et à soi même, faisant d’elle une bénédiction de la seconde catégorie. Enfin, la bénédiction pourrait rappeler la liberté que confère cet outil et l’indépendance procurée, permettant de ranger la bénédiction parmi la troisième catégorie.

Une telle bénédiction (dont la rédaction pourrait être confiée aux grands rabbins de l’Etat d’Israël) ferait de l’action de conduire, un acte qui n’est plus naturel ou automatique mais rattaché directement à la relation spécifique de l’homme avec le Ciel, de nature à susciter une plus grande prudence et plus généralement une prise de conscience de la responsabilité qu’induit l’acte de conduire.


B. LE BENEFICE PROCURE A L’ENSEMBLE DE LA POPULATION D’ISRAEL

Il est certain que bon nombre d’israéliens pourraient ne pas se sentir concerné par l’insertion d’une nouvelle bénédiction dans le fonctionnement du service religieux.

Il en est notamment ainsi de tous les israéliens qui ne se réfèrent pas à la dimension transcendantale de l’univers dans le fonctionnement de leur vie quotidienne.

Toutefois, pour ces derniers, l’exemple donné par la population religieuse d’Israël pourrait rappeler, au-delà de la nature transcendantale de l’univers, les devoirs inhérents à la vie en collectivité.

Plus généralement, l’insertion d’une telle bénédiction aurait pour effet de lancer un grand mouvement de prise de conscience de la dangerosité que présente la voiture et ce, en vue de susciter l’attention indispensable qu’il convient de prêter à soi même et à autrui lorsque l’on conduit son véhicule.

Par ailleurs, chacun pourrait comprendre que la conduite à tenir à l’égard d’autrui ne découle pas simplement de règles de bienséance, de politesse ou de respect mais participe de la recherche d’une harmonie globale entre les individus.

Progressivement, les incivilités telles les coups de klaxon ou les gestes obscènes en signe de désapprobation du comportement d’autrui cesseront. De même, il ne sera plus nécessaire de se mesurer à autrui pour lui montrer que son véhicule est plus puissant ou adresser des signes témoignant de l’énervement ou de l’impatience, à l’origine de comportements disproportionnés.

Vraisemblablement, une telle modification du comportement aura pour effet une diminution considérable des accidents de la circulation même s’il n’est pas possible de supprimer définitivement les conséquences dommageables d’accidents imprévisibles.

Car en fait, ce qui importe, ce sont les actes d’attention à l’égard d’autrui et se dépasser soi même, non de connaître le fondement de l’obligation.

La population d’Israël en son entier, prendrait à cette occasion conscience que sa présence sur la terre d’Eretz Israël n’est pas le fruit du hasard ou d’une usurpation absurde et insensée de territoires mais participe d’un dessein divin tout à fait particulier dont elle est au coeur.


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Le 12/02/07 :

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ISRAEL FACE A LA DOUBLE ALLEGEANCE
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Le 14/07/06 :
COMMENT CONCILIER
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Le 21/06/06 :
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